Le 15 mai 2026, Léon XIV publiait Magnifica Humanitas, sa première encyclique.
À première vue, le sujet semble éloigné de nos préoccupations quotidiennes de juristes d’entreprise, pourtant, en la lisant, un constat frappe immédiatement.
Les quatre inquiétudes majeures identifiées par le pape sont exactement celles que le droit tente déjà d’encadrer depuis plusieurs années.
Magnifica Humanitas n’est pas un texte juridique, il s’agit d’une réflexion consacrée à la dignité humaine à l’ère de l’intelligence artificielle. Les questions qu’il soulève résonnent étonnamment avec les grands chantiers réglementaires européens.
La première concerne la surveillance algorithmique du travail
L’image est connue : des salariés évalués en permanence, des performances mesurées en temps réel, des décisions de gestion de plus en plus automatisées.
Derrière cette réalité se trouvent déjà des règles très concrètes : RGPD, obligation de proportionnalité, information des salariés, consultation du CSE, analyses d’impact lorsque les risques deviennent élevés.
La deuxième inquiétude touche aux décisions automatisées
Peut-on être recruté, noté, crédité ou écarté sur la seule base d’un score calculé par une machine ?
L’article 22 du RGPD encadre les décisions produisant des effets significatifs sur les personnes et l’arrêt SCHUFA rendu par la CJUE en décembre 2023 a rappelé qu’un score algorithmique peut, à lui seul, produire des conséquences juridiques majeures lorsqu’il conditionne une décision humaine.
La troisième inquiétude est plus discrète
L’intelligence artificielle repose sur une immense chaîne de valeur invisible : annotateurs de données, modérateurs de contenus, fournisseurs de données d’entraînement. L’utilisateur voit l’outil, le juriste doit voir toute la chaîne.
C’est précisément la logique poursuivie par la directive CS3D et par le devoir de vigilance : regarder au-delà du produit fini pour comprendre dans quelles conditions il a été rendu possible.
Enfin, le texte s’interroge sur l’extraction des ressources nécessaires au développement des technologies numériques
Là encore, la question dépasse largement la technique, les entreprises sont désormais attendues sur leur capacité à documenter l’origine de leurs ressources, de leurs données et de leurs fournisseurs.
En réalité, ce qui rend cette encyclique intéressante pour les juristes n’est pas sa dimension religieuse.
C’est le fait qu’elle décrit des risques que le droit positif avait déjà identifiés :
- Surveillance,
- Décisions automatisées,
- Traçabilité,
- Responsabilité dans la chaîne de valeur.
Les grands débats sur l’IA ne portent plus vraiment sur la technologie elle-même, ils portent sur la gouvernance.
La question n’est plus de savoir si une entreprise utilise l’intelligence artificielle, mais si elle sera capable de démontrer qui contrôle réellement les décisions, où les données ont été obtenues et qui assume la responsabilité lorsque quelque chose tourne mal ?
C’est peut-être là que se joue aujourd’hui la véritable place du juriste dans les projets IA ; non pas après le déploiement, mais au moment où les choix de gouvernance sont encore possibles.
Source : https://www.vatican.va/content/leo-xiv/fr/encyclicals/documents/20260515-magnifica-humanitas.html
